A l’approche de la sortie de son album Live at KLH » Marie chaplet a eu la gentillesse de répondre a nos questions.

1. Vous avez commencé très jeune le piano puis le chant. Est-ce que votre processus créatif démarre plutôt par la musique ou par les mots ?

J’ai commencé le piano à l’âge de quatre ans, puis le chant est arrivé un peu plus tard, vers mes dix ans. Mon professeur de musique au collège a été la première personne à m’encourager à chanter, et le piano est devenu beaucoup plus amusant à partir du moment où j’ai découvert que je pouvais m’accompagner moi-même.

Pendant longtemps, mon processus d’écriture commençait par des gammes, le travail d’un morceau de Chopin, puis je laissais venir une progression d’accords, avant que la mélodie et les mots n’apparaissent naturellement. Aujourd’hui, j’ai des carnets remplis d’écrits, et il arrive que ce soit plutôt un thème ou des mots qui me préoccupent à un moment donné qui inspirent ensuite la musique et finissent par devenir une chanson.


2. Vous avez grandi entre plusieurs cultures. Comment ce mélange d’influences façonne-t-il votre écriture aujourd’hui ?

C’est difficile à dire parce que je n’ai jamais connu autre chose. J’ai grandi avec un père franco-suédois et une mère anglo-néerlandaise. J’ai été bercée par différentes langues et cultures, chacune avec sa manière de penser, d’exprimer le monde et de partager avec les autres.

Je pense que chaque pays m’a apporté une facette de ma personnalité, et cela influence forcément ma manière d’écrire et de me présenter sur scène.

Si je peux résumer, la culture française m’a transmis le goût de la chanson, de la philosophie et une passion de dire quelque chose. La culture néerlandaise m’a appris une certaine clarté et une honnêteté sans ornement. L’anglais apporte peut-être une forme de musicalité plus liée au jazz, au sous-entendu et à un certain humour. Et la culture suédoise m’inspire par sa lumière, ses silences et une forme de mélancolie retenue.


3. Comment vivez-vous le moment où votre travail devient public ?

Je suis avant tout une artiste de scène, mais le fait de laisser une trace de mon travail, que les gens puissent écouter chez eux, dans leur cuisine ou dans leur voiture, me permet de créer un lien avec des personnes qui ne m’auraient peut-être jamais découverte autrement. C’est quelque chose de très précieux pour moi et les retours que j’ai reçus ont été extrêmement touchants. J’ai hâte de dévoiler la suite! 


4. Votre processus de création a-t-il évolué avec le temps ?

Mon processus créatif a énormément évolué avec le temps, et j’espère bien qu’il continuera d’évoluer toute ma vie.

Ces dernières années, j’ai beaucoup développé ma technique vocale en prenant des cours d’opéra, ce qui me permet aujourd’hui d’être beaucoup plus libre dans la chanson. En parallèle, je suis aussi devenue beaucoup plus consciente des choix artistiques que je fais et de ce qu’ils me permettent de communiquer.


5. Qu’est-ce qui a le plus changé dans votre manière de créer ?

Je pense que c’est surtout l’intention derrière mon travail qui a changé. Avant, je chantais et j’écrivais presque par nécessité, comme une forme de thérapie personnelle, à travers des histoires très intimes.Aujourd’hui, je chante et j’écris parce que j’ai réellement envie de partager ce moment qu’est une chanson : cette histoire plus ou moins personnelle qui devient universelle parce qu’on s’y reconnaît et qu’on la partage tous.

Je suis aussi devenue beaucoup plus confiante dans ma vision artistique et dans ma capacité à la communiquer. Cela se ressent sur scène aujourd’hui, mais aussi dans les collaborations que je mène, que ce soit avec mon producteur, les vidéastes ou les danseurs avec lesquels je travaille.


6. Votre EP Live at KHL a été enregistré en live, en une seule prise. Pourquoi ce choix radical à une époque où tout est souvent retravaillé et perfectionné ?

Comme je l’ai déjà évoqué, je suis avant tout une artiste de scène. C’est ce que je fais depuis plus de dix ans et ce que je souhaite continuer à faire avant tout. Je chante pour les gens, avec l’envie de partager un moment suspendu autour d’une chanson. C’est un temps qui échappe au temps du présent, au temps de l’ego. Je suis là pour emmener mon public dans le temps de la chanson.

Avec Live at KHL, j’ai voulu capturer ce moment presque magique qui peut surgir pendant un concert live : une certaine atmosphère dans laquelle j’espère que les auditeurs peuvent pleinement s’immerger.J’ai fait ce choix parce que c’est ma force, et parce que je pense qu’une production trop excessive pourrait y nuire.


7. Au fil de vos voyages, y a-t-il une rencontre qui a influencé votre parcours ? Si oui, laquelle ?

À New York, j’ai découvert certains des meilleurs musiciens que j’aie jamais vus, avec qui j’ai pu jouer lors de jam sessions, ainsi qu’une incroyable culture du live omniprésente : dans le métro, les cafés ou les bars. À Lisbonne, j’ai rencontré Conceição Seabra Galante, une chanteuse d’opéra qui est devenue mon professeur. La technique vocale qu’elle m’a transmise m’a permis de découvrir pleinement ma voix. C’est également à Lisbonne que j’ai rencontré mon producteur, Miguel Sá Pessoa, avec qui je travaille aujourd’hui sur mon album studio. Toutes ces rencontres ont influencé, et continuent d’influencer, mon parcours artistique.


8. Qu’aimeriez-vous explorer que vous n’avez pas encore osé faire dans vos prochains projets ?

Pour le prochain projet sur lequel je travaille, je suis actuellement en studio avec Miguel Sá Pessoa. C’est la première fois que je travaille avec un producteur qui ne cherche pas à trop produire ou transformer la musique, ce qui me permet de conserver cet aspect live en enregistrant en “one take”, tout en obtenant une certaine qualité de son qui me stimule beaucoup artistiquement. Cela me donne aussi la possibilité de jouer avec quelques ajouts instrumentaux très minimalistes, bien sûr uniquement lorsque cela sert réellement la chanson. Pour ce projet, j’écris également en français, ce que je n’avais pas encore pleinement osé faire jusqu’ici, et c’est une démarche qui me tient particulièrement à cœur.

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