À l’occasion de la sortie récente de Joy in Short Moments, son quatrième album, The Snuts a eu la gentillesse de répondre à nos questions. Le groupe revient sur la genèse de ce disque, son évolution artistique et les retrouvailles humaines et créatives qui ont marqué une nouvelle étape de leur parcours.
1. Vous souvenez-vous de votre concert à La Maroquinerie, à Paris ? Qu’est-ce qui vous revient immédiatement à l’esprit lorsque vous repensez à cette soirée ?
Je crois que l’énergie qui se dégageait du public ce soir-là était particulièrement belle. Au Royaume-Uni, on a tendance à beaucoup valoriser les concerts aux performances débridées, où la plupart des gens sont tellement défoncés qu’ils ne se souviennent même plus des morceaux joués. Nous aimons venir de l’autre côté de la Manche et voir des gens qui prennent véritablement le temps de s’imprégner de la musique. C’est assez spécial.
2. Sur scène, certains morceaux prennent une toute autre dimension que dans leur version studio. Pensez-vous à cette dimension live dès le début, au moment où vous composez une chanson ?
Je pense que nous avons toujours été un groupe qui s’épanouit dans l’énergie du live. Du coup, cette dimension finit probablement par se retrouver inconsciemment dans notre manière de composer, même si ce n’est pas intentionnel. Nous avons toujours aimé expérimenter différentes versions de nos morceaux sur les albums, mais je pense que nous allons d’abord passer au moins quelques semaines à essayer de les jouer exactement comme sur le disque (souhaitez-nous bonne chance !). Ensuite, nous verrons comment nous pouvons nous amuser avec tout ça !
3. Quelle a été la toute première idée ou chanson à l’origine de Joy in Short Moments ?
Je dirais que c’est « Summer Rain ». Lorsque nous enregistrons de la musique, il y a toujours un morceau, généralement dès la première session, qui donne le ton et fixe le niveau d’exigence. Cette fois, c’était « Summer Rain ». Je pense que la sincérité et le côté brut de l’écriture de Jack ont poussé chacun d’entre nous à donner le meilleur de soi-même, tout en nous encourageant à nous ouvrir les uns aux autres, aussi bien sur le plan humain que créatif, comme nous ne l’avions pas fait depuis des années. Une fois cette première étape franchie, nous savions que chaque morceau destiné à figurer sur l’album devait être à la hauteur.
4. Lorsque vous commencez à écrire une chanson, qu’est-ce qui arrive généralement en premier : une mélodie, un riff, des paroles ou une émotion ?
Cela peut vraiment venir de n’importe où. Nous avons créé des morceaux à partir de maquettes acoustiques, de riffs ou même de simples conversations. Chaque élément compte autant que les autres dans le processus d’inspiration. Ensuite, Jack reprend les idées et travaille ses textes sans relâche, les réécrit encore et encore, raconte des histoires puis les raconte différemment jusqu’à ce qu’il en soit satisfait. À ce stade, même l’idée de départ peut disparaître. Il ne reste alors que la chanson, la musique et l’émotion qu’elle nous procure. Parfois, nous ne nous souvenons même plus d’où vient l’inspiration initiale. C’est assez fou de faire de la musique : tout est tellement fluide que le processus peut devenir complètement flou.
5. Composez-vous principalement vos chansons ensemble ou travaillez-vous chacun de votre côté avant de mettre vos idées en commun ?
Jack écrit beaucoup de son côté, parfois avec des amis producteurs ou d’autres artistes. Au début de chaque nouveau projet, nous nous retrouvons ensuite pour travailler ensemble sur des maquettes, par groupes de deux, trois ou quatre, selon les disponibilités de chacun. Nous parcourons alors toutes les idées qu’il a accumulées et, si certains morceaux nous parlent collectivement, nous en retenons quelques-uns. Nous ajoutons ensuite des titres issus de nos sessions communes. Et généralement, quatre ou cinq nouvelles chansons finissent encore par voir le jour alors que nous sommes censés enregistrer celles que nous avions déjà préparées !
6. Y a-t-il eu un morceau en particulier qui a joué un rôle déterminant dans la construction de l’album ?
Je dirais que, plus qu’un morceau en particulier, c’est tout le chemin parcouru pour nous retrouver en tant qu’amis qui a façonné cet album. Nous nous connaissons depuis presque vingt ans et, pendant tout ce temps, notamment à force d’enchaîner les tournées et les enregistrements, nous risquions de devenir de simples collègues. Or, ce n’est absolument pas pour cela que nous avions commencé. À l’origine, tout reposait sur notre amour commun de la musique et sur la confiance que nous avions dans les capacités créatives de chacun.
Lorsque nous avons enfin pris le temps d’en parler ensemble et réalisé à quel point nous avions fini par considérer cette incroyable aventure comme quelque chose d’acquis, nous avons recommencé à nous inspirer mutuellement. Le fait de devenir parents pour la première fois a également complètement fait tomber nos égos et nous a amenés à revoir nos priorités. Ces deux événements ont finalement mis en marche tout ce qui allait donner naissance à notre quatrième album.
7. Y a-t-il un morceau qui vous a particulièrement surpris en passant de l’écriture à l’enregistrement en studio ?
Je pense à un morceau qui s’appelait « SWEDEN02 » et qui figurait sur le disque dur contenant nos maquettes. Il avait été enregistré à l’une des périodes les plus difficiles de notre histoire, aussi bien en tant que groupe que sur le plan personnel. Ce morceau est finalement devenu le titre « Joy in Short Moments », ce qui m’a complètement bluffé, puisqu’il était né d’une période qui n’avait rien de particulièrement joyeux. Mais j’imagine que c’est toute la beauté de la musique !
8. Y a-t-il un morceau de l’album qui représente particulièrement bien votre évolution artistique actuelle ?
Je pense notamment à « Marathon Man ». Il fut un temps où nous n’aurions jamais envisagé d’inclure un enregistrement aussi brut sur l’album principal. Il aurait systématiquement fini sur une édition deluxe, réservée aux fans les plus passionnés. Aujourd’hui, on se dit simplement : « Tant pis, c’est comme ça qu’on est. Les gens savent à quoi s’attendre. À eux de nous suivre s’ils en ont envie. »
Nous n’aurions probablement pas eu le courage de faire ce choix à l’époque où un responsable de label, dans son pantalon Carhartt, nous soufflait à l’oreille que ce serait une mauvaise idée. Mais aujourd’hui, c’est nous qui dirigeons les opérations… et le label !
9. Il s’agit de votre quatrième album. Que savez-vous aujourd’hui de The Snuts que vous ignoriez lorsque vous prépariez votre premier disque ?
Nous sommes sacrément persévérants ! Au Royaume-Uni, nous avons constamment rivalisé avec des artistes bien plus importants que nous dans les classements, et nous sommes désormais de sérieux prétendants à la première place à chaque sortie d’album. Je ne pense pas qu’à nos débuts, j’aurais imaginé que nous ferions preuve d’une telle résistance dans cette industrie. Nous avons réussi à créer notre propre communauté, à nous approcher parfois dangereusement du soleil, tout en continuant à répondre présents, encore et encore.
10. Si vous deviez résumer en une seule phrase ce que Joy in Short Moments représente dans l’histoire de The Snuts, que diriez-vous ?
Je dirais que cet album représente une période de retrouvailles. Nous avons d’abord dû nous retrouver en tant qu’amis, puis renouer avec la confiance créative que nous avions les uns envers les autres pour réussir à faire un nouvel album dont nous sommes fiers. J’ai l’impression que tous nos groupes préférés n’ont réussi à faire que deux ou trois albums avant d’imploser ou de se laisser détruire par l’industrie. Alors, je pense que nous avons beaucoup de chance d’en être déjà à notre quatrième !





Votre commentaire