À l’approche de la sortie de leur nouvel EP WILD, RUNØUT a eu la gentillesse de répondre à nos questions et de nous en dire davantage sur la création de ce disque, leurs inspirations et leur univers musical.

  1. Comment est née l’envie de former RUNØUT en 2021, et qu’est-ce qui vous a immédiatement donné envie de créer de la musique ensemble ?

Jean : En 2021, il y a tout d’abord cette rencontre improbable avec le trompettiste Ibrahim Maalouf qui accepte de jouer sur une prod que j’avais composé. A ce moment-là, il n’y a pas de groupe ni même de projet en cours. J’appelle immédiatement Pierre, à qui je raconte cette histoire folle et je lui propose que l’on travaille sur ce titre ensemble.

Pierre : Avec Jean, nous faisons de la musique ensemble depuis notre enfance, nous avons dû créer notre premier groupe à l’âge de 8-9ans. Nous ne savions pas quel style nous allions donner à ce morceau mais peu à peu les grandes lignes se sont dessinées : une basse puissante, des cordes, des percussions industrielles, le tout sublimé par le solo d’Ibrahim.

Jean : Au départ, nous n’avions aucune idée si ce projet serait une chanson isolée ou le début d’un groupe. Nous étions tellement excités à l’idée de rendre à Ibrahim Maalouf un produit qualitatif que nous avions finalisé le titre et réalisé le clip au même moment. C’est aussi pour cette raison que l’image a une place très importante dans notre processus de création. Le début de l’histoire était tellement incroyable que nous avons ensuite voulu prendre notre temps pour faire grandir RUNOUT, à l’abri des regards.

  1. Lorsque vous commencez à composer un morceau, quel est généralement le point de départ : une mélodie, une texture sonore, une émotion ou une image que vous cherchez à traduire en musique ?

Jean : Au moment de composer, je cherche le plus souvent la mélodie ou une suite d’accords au piano puis rapidement je teste une idée de thème avec des vst de cordes ou de cuivres. Mon téléphone est rempli de notes vocales où je chante de nouvelles mélodies. Dans un second temps je crée toujours un mini scénario dans ma tête et je démarre à créer la BO de ce film imaginaire en essayant de garder en vue l’émotion que je veux transcrire. Mais il arrive parfois que la création m’emmène ailleurs et c’est une sensation incroyable, comme si par moment la musique s’écrivait d’elle-même.

Pierre : C’est vrai que nous entretenons un gros rapport avec la musique à l’image et de ce fait les percussions cinématiques, les ensembles de cordes, cuivres, bois arrivent très vite dans le processus de création.

  1. Comment se répartit le travail créatif entre vous deux, de la première idée jusqu’à la production finale ? Votre complémentarité vous conduit-elle parfois vers des directions inattendues ?

Pierre : Jean fait généralement naître une première version d’un thème ou d’une structure complète (chant, orchestre, claviers, basse) et de mon côté je me concentre sur la partie rythmique et le mixage. Cela remet en question certains éléments et peut également modifier la direction de certains passages. Ce qui est intéressant avec la musique orchestrale et l’électro, c’est aussi que le mixage peut complètement changer le propos de la musique. En règle générale nous validons ensemble une version prémix pour l’envoyer dans un studio qui finalise le mix avec une oreille nouvelle.

  1. Votre musique possède une dimension très cinématographique. Comment construisez-vous ces montées en puissance et ces orchestrations qui donnent aux morceaux leur ampleur émotionnelle ?

Pierre : Effectivement, on adore donner à notre musique une dimension cinématographique, les codes de la musique épique ; montées en puissance et l’orchestration sont des instants clefs et permettent comme vous l’avez dit de transmettre des émotions assez fortes.

Jean : Oui, l’idée de ce projet était vraiment de faire un pont entre la pop/électro et la musique de film. J’ai toujours eu un grand respect pour les artistes pop qui créent des versions orchestrales de leurs titres. Pour ma part, je travaille énormément avec des VST comme la suite Spitfire qui me permettent de composer facilement instrument par instrument (violons, altos, cello, contrebasse, trombones, cors, clarinette basse…). Une fois que la base est créée, nous faisons le choix avec Pierre de travailler avec d’autres musiciens comme le talentueux violoniste Edward W. Hardy (New York) ou le pianiste John Lander (New York, Paris) afin de donner l’émotion et la puissance nécessaire. Nous faisons par la suite un mix qui combine les enregistrements studio et la puissance des vst, ce à quoi je rajoute certains claviers Moog et Dave Smith ou certains effets de riser empruntés aux cinéma pour donner l’impact et le côté grandiose de notre musique. Je recherche souvent un équilibre entre puissance et moment de grâce comme on pourrait le retrouver dans une musique de ballet contemporain par exemple.

  1. À quel moment savez-vous qu’un morceau est terminé ? Est-ce un processus intuitif ou avez-vous besoin de nombreuses phases de réécriture et d’expérimentation avant d’aboutir à la version définitive ?

Pour l’instant, leur processus a besoin de plusieurs phases d’expérimentation avant d’aboutir à la version définitive

Jean : Oui, le choix de faire de la musique orchestrale demande un processus de création assez long avec plusieurs phases de corrections. Le plus souvent quand la maquette est créée, nous faisons quelques semaines à travailler sur un autre titre avant de pouvoir revenir sur le premier avec une oreille nouvelle et ainsi corriger le titre de façon efficace. Nous parlons de sessions qui tournent sur un minimum de 130 pistes, chaque correction est interdépendante avec parfois des modifications très conséquentes.

  1. Vous avez enregistré WILD entre New York, Paris et Lyon, en collaborant notamment avec des musiciens comme le pianiste John Lander et le violoniste Edward W. Hardy. Comment ces échanges ont-ils transformé vos compositions initiales ?

Pierre : Oui cela a vraiment transformé nos compositions car il y a ces échanges de styles musicaux entre le groove jazz-soul de John, la maîtrise du classique d’Edward et l’influence electro-orchestral de RUNOUT. Nous leur donnions les lignes directives du titre via des tracks témoins et ensuite nous leur donnions libre interprétation du titre.

Jean : Oui, pour moi cette collaboration a donné une toute autre dimension à la musique que nous avions créé avec Pierre. C’était absolument incroyable de pouvoir diriger cette session avec des musiciens aussi talentueux. J’avais la sensation de redécouvrir nos titres avec une autre couleur, une autre lecture. Par exemple sur Enemy en version acoustique Edward et John ont réussi à donner une influence japonaise au titre qui venait vraiment sublimer la chanson.

  1. Votre univers repose sur un équilibre entre textures électroniques et instruments organiques. Comment envisagez-vous de préserver cette richesse sonore et cette dimension orchestrale lorsque vous transposez vos morceaux sur scène ?

Pierre : Bien que le passage du studio vers le live pour ce genre musical soit assez technique, nous faisons le choix de préserver le maximum d’instruments organiques sur scène et de produire le reste sur séquences synchronisées. Au final le show reflète assez bien notre façon de travailler en studio.

Jean : Nous travaillons en ce moment même sur la création du live et c’est une chance incroyable de pouvoir transformer notre musique en expérience beaucoup plus immersive. Notre style musical nous donne l’opportunité de créer de nouveaux arrangements, de nouveaux mouvements tout en amenant une énergie beaucoup plus puissante parfaitement adaptée à la scène.

  1. La musique de WILD semble appeler une expérience live immersive, presque visuelle. Quelle place souhaitez-vous accorder à la scénographie, à la lumière et aux images pour prolonger l’univers de l’EP en concert ?

Jean : Notre rapport à l’image est intimement lié à notre direction artistique. Cela a certainement un lien avec le fait que j’ai un passif de graphiste. Le visuel, la scéno, le jeu de lumière sont des éléments sur lesquels nous sommes actuellement en train de travailler et ils feront partie intégrante du show. Nous avons eu l’occasion de collaborer avec des danseurs et danseuses à plusieurs reprises et cela nous inspire énormément, que ce soit sur la mise en scène ou sur le travail du corps, des postures, le mouvement.

  1. Une fois les morceaux présentés au public, les réactions en live influencent-elles votre manière de composer ? L’énergie d’un concert peut-elle vous amener à repenser certains titres ou à ouvrir de nouvelles pistes créatives ?

Jean : Jusqu’à présent RUNOUT a principalement travaillé en studio, les premières dates sont prévues pour début 2027, à commencer par Paris. Les dates seront annoncées prochainement. Le fait de se projeter sur scène a dores et déjà changé notre énergie et notre façon de créer.

  1. Après ce premier EP, quelles nouvelles ambitions souhaitez-vous donner à RUNØUT ? Envisagez-vous de prolonger l’univers de WILD ou ressentez-vous déjà le besoin d’explorer de nouveaux territoires sonores ?

Jean : Après ce premier EP, notre ambition est de continuer à approfondir notre style de pop orchestral. Notre objectif est de produire notre duo sur scène notamment en première partie d’artistes déjà établis. Nous allons également continuer à composer de nouvelles créations originales pour la mode et créer de nouvelles collaborations des divers artistes internationaux, cela reste un moteur de d’inspiration et de création incroyable !

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