À l’approche de la sortie de son nouvel EP Sweatdrops, Léo Ange a eu la gentillesse de répondre à nos questions et de nous en dire davantage sur la création de ce projet, ses inspirations et son univers musical.
- Lorsqu’une nouvelle idée musicale apparaît, comment se déroule le chemin qui la transforme en morceau abouti ? Peux-tu nous raconter les différentes étapes de ce processus sur SWEATDROPS ?
Je compose souvent de deux façons différentes, mais toujours de façon intuitive. Parfois, comme sorti de nulle part, une mélodie chantée me vient et je cours vite l’enregistrer sur mon dictaphone avant de perdre l’inspiration. C’est toujours un moment très précieux pour moi, le début d’une nouvelle idée. Plusieurs mémos vocaux suivent pour développer cette première idée avec des idées d’instruments que je chante, des idées de back-ups (choeurs, runs etc). Ensuite, je reprends ces mémos vocaux au piano ou sur mon ordinateur avec mon logiciel de MAO, et là je vais poser les bases instrumentales de ce que deviendra (ou non) un morceau fini. Souvent, les paroles définitives viennent à cette étape de la création. J’en ai parfois les premières traces dans les mémos vocaux, qui oscillent entre paroles définitives et paroles en yaourt (rires). L’autre manière pour moi de composer, qui est venue avec une maitrise plus avancée des arrangements, est celle où je débute par un travail avec mon logiciel de MAO. Je vais chercher différentes textures, différents sons qui me parlent et les agencer entre eux, jusqu’à avoir un premier arrangement qui me parle. Ensuite, je vais chercher une mélodie chantée et des paroles et développer une potentielle chanson à partir de cela. Ce sont les deux méthodes que j’ai convoqué pour la création de l’EP.
- Comment construis-tu tes morceaux entre mélodies, rythmiques électroniques et travail vocal ? Y a-t-il un élément qui sert généralement de point d’ancrage au reste de la composition ?
Souvent, la mélodie chantée reste le point d’ancrage premier. Avant même de composer mes propres chansons, j’ai toujours chanté. Je trouve toujours un plaisir à (ré)interpréter une mélodie, à la modeler et à la réinventer pour trouver l’assemblage mélodique avec lequel je résonne le plus. C’est ce travail que je réalise quand une mélodie me vient et que je l’enregistre. Les variations sont nombreuses avant de trouver LA mélodie majeure, qui sera d’ailleurs accompagnée de mélodies sœurs, avec le travail des harmonies, des runs (vibes) etc. Avec cet EP, j’avais aussi envie d’explorer davantage le travail d’arrangeur, de m’approprier cette étape de la création auquel je participe généralement mais qui n’est pas le cœur de ma pratique. J’ai eu besoin et envie de prendre du temps pour élaborer un son assez précis et qui apporterait une cohérence d’ensemble aux morceaux de l’EP. C’était une étape fondatrice pour moi, et qui m’a aussi donné confiance en moi et en ma volonté d’aller parfaire ces sons en collaborant avec Michael.
- En travaillant avec Michael Lovett, comment s’est opérée la rencontre entre ta vision artistique et son approche de la production ? Y a-t-il une idée qui a particulièrement évolué grâce à cette collaboration ?
Travailler sur cet EP avec Michael a vraiment été une expérience fondatrice pour moi. Il a approché ce travail de co-production avec beaucoup d’humanité et d’écoute. Notre temps ensemble a été pour moi autant une aventure artistique qu’une rencontre humaine précieuse. Ensemble nous avons ouvert et disséqué toutes mes démos, préservé certains sons et retravaillé d’autres. Il a vraiment su garder l’identité originelle des morceaux tout en mettant sa patte artistique au service du projet pour le porter plus haut. C’est un artiste que j’estime beaucoup, et j’ai appris énormément de nos sessions ensemble. Pour moi, chaque jour en studio était une masterclass. Je pense que le morceau SO GOOD! est celui qui a le plus évolué pendant mes sessions avec Michael. En arrivant à Londres, c’était la démo la plus « brute » des différents morceaux. J’avais l’idée d’un synthé qui ancre le morceau et de percussions fortes. Et Michael a apporté une vraie structure à SO GOOD! en l’accompagnant d’un son percutant et de grande qualité, comme il sait si bien le faire. J’ai adoré travailler avec lui et j’espère que nous aurons l’occasion de remettre ça.
- Dans quelle mesure le travail entre Londres, Lyon et Bruxelles a-t-il influencé la fabrication de l’EP ? Le changement d’environnement peut-il modifier ta manière de composer ou de percevoir un morceau ?
Le travail entre ces trois villes correspond aux différentes étapes de création dont j’ai besoin (rires). Près de Lyon, j’ai pu amorcer chez moi le son et les orientations principales du projet. Londres et le travail avec Michael ont permis de les arranger et de les porter plus haut. Et Bruxelles a permis d’y déposer le vernis final avant de délivrer le projet au public avec les étapes de mixage et de mastering.
- SWEATDROPS possède une énergie physique, portée par des rythmiques profondes et des textures électroniques. Comment imagines-tu sa transposition sur scène sans perdre les nuances et l’atmosphère des versions studio ?
Maintenant que le travail en studio est terminé, j’ai hyper hâte de porter ce projet sur scène. J’y travaille ardemment avec ma pianiste et co-directrice artistique live, Molly Rose. Mon âme d’interprète porte une attention particulière au mix de la voix sur scène, comment elle va être travaillée pour rester fidèle au travail en studio tout en prenant en compte les particularités que peuvent imposer la scène. C’est comme une redécouverte de l’entièreté du projet, une extension de Sweatdrops. Une nouvelle étape. Et c’est très excitant! Molly est très expérimenté coté live, et elle m’aide beaucoup à la construction du set et à me projeter niveau expérience scénique. On va apporter des modifications pour la scène tout en restant fidèle aux tracks studios. J’ai moi-même une expérience du luive, mais c’est très différent lorsque l’on est aux manettes de la production d’un spectacle. Mais c’est très exaltant!
- Après avoir passé du temps à construire SWEATDROPS en studio, qu’as-tu envie de découvrir ou d’expérimenter maintenant que ces morceaux sont destinés à rencontrer leur public ?
Je n’ai pas encore d’idée précise quant à l’orientation artistique du prochain projet. Ce que je sais cependant, c’est que j’ai envie d’explorer et de teinter ma musique pop de pleins d’influences diverses, sans me restreindre. C’est ce qui fait la richesse de la pop je trouve, sa possibilité de rencontrer pleins de sonorités diverses: rock, r&B, soul, electro etc. C’est un terrain de jeu hyper excitant!
- Ce nouveau chapitre sous le nom de Léo Ange semble marquer une affirmation de ton identité artistique. Comment souhaites-tu faire évoluer cette identité dans tes prochaines compositions, sans te répéter ?
Tout à fait, Léo Ange est pour moi un acte d’émancipation et de reprise de contrôle de mon identité artistique, et ça fait beaucoup de bien. Quand j’aborde la continuité de ma carrière, je pense beaucoup à des artistes que j’aime énormément comme Rosalía, Madonna ou encore Beyoncé. Elles ont toutes su, à leur manière, explorer les limites de la pop, la réinventer et se réinventer par la même occasion, sans jamais perdre leur identité ou leur lien avec leur public. Je trouve ça très inspirant.






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