Pour cette avant-derniĂšre soirĂ©e de rock indĂ©pendant, c’est Alice Costelloe qui ouvre les festivitĂ©s. Avec une certaine pudeur, presque en retrait, elle privilĂ©gie rapidement la musique aux Ă©changes avec le public. Et c’est finalement lĂ  que rĂ©side toute la force de sa prestation. Venue dĂ©fendre Move on with Year, son premier album profondĂ©ment intime, nourri notamment par une relation douloureuse avec son pĂšre et ses addictions, l’artiste transforme cette matiĂšre personnelle en un moment d’une rare intensitĂ©. EntourĂ©e d’un trio particuliĂšrement magnĂ©tique, elle dĂ©ploie progressivement un univers dĂ©licat et mĂ©lancolique, traversĂ© de quelques Ă©clats de lumiĂšre. PortĂ©e par un chant aĂ©rien et des arrangements particuliĂšrement soignĂ©s, Alice Costelloe gagne peu Ă  peu en ampleur et captive un public attentif, qui se laisse volontiers embarquer dans cette parenthĂšse intimiste. Sans jamais chercher Ă  en faire trop, elle impose son univers avec une belle justesse. Une ouverture de soirĂ©e discrĂšte mais profondĂ©ment captivante, qui lance parfaitement cette avant-derniĂšre journĂ©e au Fort Saint-PĂšre.

La suite arrive rapidement. Le soleil dĂ©cline sur le Fort Saint-PĂšre et enveloppe les vieilles pierres d’une lumiĂšre presque irrĂ©elle. Les discussions se poursuivent, on profite encore un peu de l’instant, jusqu’à cette petite phrase qui circule : « Elle arrive ». Dry Cleaning est lĂ . La pression monte doucement. Quelques notes de clavier rĂ©sonnent, bientĂŽt rejointes par les guitares, la basse et la batterie. En quelques secondes, le groupe nous replonge dans son univers si singulier. DerriĂšre ses grandes lunettes noires, Florence Shaw reste impassible, dĂ©livrant son spoken word atone et dĂ©calĂ©. À ses cĂŽtĂ©s, Tom Dowse semble montĂ© sur ressorts, faisant bouillonner ses guitares anguleuses tandis que la basse bondissante installe une tension permanente. Les morceaux s’enchaĂźnent sans temps mort, alternant anciens titres et morceaux de Secret Love. Dry Cleaning dĂ©roule une partition aussi prĂ©cise qu’inventive, retrouvant cette Ă©trange alchimie entre post-punk, spoken word et Ă©nergie brute que nous Ă©tions venus chercher. Et le public, progressivement conquis, rĂ©pond de plus en plus fort. Puis vient Let Me Grow and You’ll See the Fruit. Le tempo ralentit, l’atmosphĂšre devient presque hypnotique. Au-dessus du Fort Saint-PĂšre, le ciel s’embrase doucement tandis que le groupe poursuit son set avec une maĂźtrise impressionnante. Quelques instants plus tard, Hit My Head All Day vient conclure la soirĂ©e. Florence Shaw remercie le public et, dĂ©jĂ , le concert touche Ă  sa fin. On rĂ©alise alors que l’on vient d’assister Ă  l’un de ces sets qui laissent une vĂ©ritable empreinte.

À peine le temps de reprendre notre souffle aprĂšs ce dĂ©but de soirĂ©e que Moin nous entraĂźne dĂ©jĂ  ailleurs. Nous ne savons pas vraiment ce que le groupe va nous rĂ©server, mais dĂšs les premiĂšres secondes, le quatuor anglais impose son univers et nous happe complĂštement. DerriĂšre la batterie, Valentina Magaletti donne le ton avec un jeu hypnotique, bientĂŽt rejoint par des guitares acĂ©rĂ©es, une basse massive et une Ă©lectronique organique. Le groupe construit peu Ă  peu un Ă©trange Ă©quilibre entre post-rock, mĂ©tal oblique et expĂ©rimentations Ă©lectroniques, alternant ruptures, accĂ©lĂ©rations et montĂ©es en tension. Au fil des morceaux, le chaos devient de plus en plus fascinant. Tout semble pensĂ© pour maintenir notre attention, sans jamais nous laisser anticiper la suite. Nous nous laissons alors porter par cette dĂ©ferlante sonore, happĂ©s jusqu’Ă  la derniĂšre note.Une prestation intense, singuliĂšre et totalement maĂźtrisĂ©e, qui confirme rapidement toutes nos attentes. Seule frustration au moment de quitter la scĂšne : avoir Ă  peine eu le temps de nous immerger dans cet univers que le set touche dĂ©jĂ  Ă  sa fin. On en aurait volontiers repris quelques morceaux.

Avant mĂȘme les premiĂšres notes de Moin, une belle foule s’est dĂ©jĂ  agglutinĂ©e devant la grande scĂšne du Fort Saint-PĂšre pour savourer la lĂ©gende Mogwai. Face aux enceintes Marshall, les drapeaux palestinien et arc-en-ciel flottent dans le public, tandis que l’attente grandit. LĂ©gĂšrement en retard, le groupe de Glasgow fait son entrĂ©e sous les acclamations d’un public de fidĂšles, dĂ©jĂ  conquis. DĂšs les premiĂšres notes de Yes! I Am a Long Way From Home, la magie opĂšre. La scĂ©nographie, dominĂ©e par une immense montagne, contribue parfaitement Ă  l’immersion et accompagne un show tout simplement grandiose. FidĂšle Ă  sa rĂ©putation, Mogwai dĂ©ploie un impressionnant mur de son, tantĂŽt puissant, tantĂŽt aĂ©rien, qui nous enveloppe et nous maintient captifs. Les Écossais dĂ©montrent une nouvelle fois leur immense talent, faisant monter progressivement la tension avant de libĂ©rer toute leur puissance. Lorsque rĂ©sonne Mogwai Fear Satan, l’intensitĂ© atteint un nouveau sommet, avant que We’re No Here ne vienne dĂ©finitivement embraser le Fort. Une clĂŽture magistrale pour un set d’une grande gĂ©nĂ©rositĂ©, qui laisse le public autant comblĂ© qu’impressionnĂ©. AprĂšs une telle expĂ©rience, difficile de redescendre immĂ©diatement sur terre pour rejoindre la scĂšne des Remparts.

AprĂšs une pause bienvenue, Baxter Dury prend possession de la scĂšne avec son allure dĂ©gingandĂ©e, sa chemise ouverte et cette nonchalance qui le caractĂ©rise. D’abord dĂ©routant, le chanteur finit rapidement par nous embarquer. PortĂ© par une basse omniprĂ©sente, des chƓurs accrocheurs et des rythmes entre Ă©lectro et disco, le groupe installe progressivement une ambiance dansante au cƓur du Fort Saint-PĂšre. « Miami », « Aylesbury Boy » et « Cocaine Man » font mouche, tandis que « These Are My Friends » crĂ©e un vĂ©ritable moment de communion avec le public. Le concert est malheureusement interrompu lorsqu’un spectateur fait un malaise. Baxter Dury stoppe immĂ©diatement le set et attend l’intervention des secours avant de reprendre. Un geste attentif qui rĂ©vĂšle une facette plus humaine de l’artiste, loin de son personnage provocateur. La fin du concert retrouve ensuite toute son Ă©nergie.

« Miami », « Aylesbury Boy » et « Cocaine Man » font mouche, tandis que « These Are My Friends » crĂ©e un vĂ©ritable moment de communion avec le public. Le concert est malheureusement interrompu lorsqu’un spectateur fait un malaise. Baxter Dury stoppe immĂ©diatement le set et attend l’intervention des secours avant de reprendre. Un geste attentif qui rĂ©vĂšle une facette plus humaine de l’artiste, loin de son personnage provocateur. La fin du concert retrouve ensuite toute son Ă©nergie.

Pour terminer cette longue journĂ©e, Sprints investit la scĂšne des Remparts avec une puissance radicalement diffĂ©rente. Karla Chubb et son groupe dĂ©ploient un punk abrasif, nerveux et incandescent, portĂ© par des guitares rugueuses et une Ă©nergie communicative. Les morceaux « Deceptacon », « Desire » et « Little Fix » achĂšvent de mettre le public en mouvement. Entre groove, dĂ©couvertes et dĂ©flagrations punk, cette journĂ©e aura offert un condensĂ© de ce que la Route du Rock sait faire de mieux. Des univers trĂšs diffĂ©rents, mais une mĂȘme envie de faire vibrer le Fort Saint-PĂšre jusqu’au bout de la nuit. Une conclusion Ă©lectrique Ă  une journĂ©e particuliĂšrement intense, riche en surprises et en beaux moments.

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