Tout juste remis d’une soirĂ©e riche en Ă©motions, nous retrouvons le Fort Saint-PĂšre pour cette derniĂšre journĂ©e de la Route du Rock, une Ă©dition une nouvelle fois particuliĂšrement rĂ©ussie. Il est 17h37 et, devant la grande scĂšne, seule une poignĂ©e de festivaliers s’est dĂ©jĂ  rassemblĂ©e. Beaucoup sont surtout venus attendre les Irlandais de Fontaines D.C., attendus Ă  23h35. Mais avant eux, ce sont les Danois de Snuggle qui vont ouvrir les festivitĂ©s. Le soleil commence doucement Ă  dĂ©cliner lorsque le groupe prend possession de la scĂšne. AppelĂ© Ă  remplacer Ciel au pied levĂ©, le trio n’a visiblement pas l’intention de brusquer cette derniĂšre journĂ©e. DĂšs les premiĂšres notes, les guitares installent un halo vaporeux, tandis que les voix d’Andrea Thuesen Johansen et Vilhelm Tiburtz Strange se rĂ©pondent avec douceur. DerriĂšre eux, Bjarke Kjemtrup apporte une assise discrĂšte mais essentielle Ă  l’ensemble. Sur scĂšne, l’univers de Goodbyehouse prend progressivement de l’ampleur. Sticks, Water in a Pond, Dust ou encore Carsick avancent Ă  pas feutrĂ©s, laissant les mĂ©lodies s’étirer tranquillement. Quelques touches Ă©lectroniques viennent Ă©paissir cette matiĂšre sonore sans jamais rompre l’intimitĂ© du set. On se laisse alors porter par cette dream pop aux contours shoegaze, entre mĂ©lancolie douce et chaleur rĂ©confortante. Les morceaux gagnent progressivement en relief, tandis que les deux voix prennent une dimension plus ample qu’en studio. Rien de spectaculaire, mais plutĂŽt une invitation Ă  ralentir et Ă  se laisser envelopper par les guitares et cette atmosphĂšre cotonneuse. Snuggle ne cherche pas Ă  rĂ©inventer le genre, mais installe son univers avec sincĂ©ritĂ© et Ă©lĂ©gance. Une entrĂ©e en matiĂšre dĂ©licate et parfaitement maĂźtrisĂ©e pour lancer cette derniĂšre journĂ©e au Fort Saint-PĂšre.

AprĂšs la douceur de Snuggle, on reste dans une forme de suspension avec l’arrivĂ©e d’Aldous Harding. TrĂšs vite, la NĂ©o-ZĂ©landaise nous embarque dans son univers singulier, entre pop dĂ©licate, folk et arrangements d’une grande finesse. Sur scĂšne, elle habite littĂ©ralement ses chansons, multipliant les gestes Ă©tranges et gracieux, jusqu’à s’allonger pour Ă©couter sa harpiste jouer. EntourĂ©e de musicien·nes remarquables, elle alterne les atmosphĂšres avec une facilitĂ© dĂ©concertante, tandis que ses diffĂ©rentes voix nous font passer de l’émotion au sourire en quelques secondes. Dans le public, le silence est saisissant : tout le monde semble suspendu Ă  chaque note. Lorsque Designer vient conclure le set, l’ovation est Ă  la hauteur du moment. Un concert magnifique, hors du temps, et sans doute l’un des grands moments de cette Route du Rock.

À peine sortis de la parenthĂšse envoĂ»tante offerte par Aldous Harding, nous rejoignons la scĂšne des remparts, encore imprĂ©gnĂ©s par l’émotion du concert prĂ©cĂ©dent. Mais il ne faudra que quelques minutes Ă  Ulrika Spacek pour nous entraĂźner ailleurs. Sur scĂšne, les cinq musiciens semblent parfaitement connectĂ©s : les guitares s’entremĂȘlent, les voix se rĂ©pondent et la rythmique installe une tension constante. Quelques touches Ă©lectroniques viennent enrichir l’ensemble sans jamais rompre son Ă©quilibre. Peu Ă  peu, nous plongeons dans cette pop psychĂ©dĂ©lique foisonnante, Ă  la fois aventureuse et mĂ©lodique. Les projections qui accompagnent le set renforcent cette impression de voyage, donnant aux compositions une dimension presque onirique et parfois franchement hypnotique.Le groupe dĂ©roule son concert avec une belle prĂ©cision, tout en conservant suffisamment de libertĂ© pour maintenir une vĂ©ritable Ă©nergie scĂ©nique. Lorsque Rhys Edwards s’adresse au public, visiblement Ă©mu de retrouver un festival qui les accompagne depuis leurs dĂ©buts, le moment prend une rĂ©sonance particuliĂšre. AprĂšs la dĂ©licatesse d’Aldous Harding, Ulrika Spacek offre une nouvelle facette de cette journĂ©e riche en contrastes, confirmant une fois encore la capacitĂ© de la Route du Rock Ă  enchaĂźner les dĂ©couvertes et les grands moments.

AprĂšs le trĂšs beau moment offert par Ulrika Spacek, direction la grande scĂšne avec une certaine excitation : nous attendions avec impatience Kurt Vile and the Violators. DĂšs les premiĂšres notes de Red Room Dub, Bassackwards ou Zoom 97, le groupe impose son rythme, entre folk vaporeuse, guitares chaleureuses et cette nonchalance si particuliĂšre qui caractĂ©rise Kurt Vile. Peu Ă  peu, le concert gagne en intensitĂ©. Les morceaux s’allongent, les guitares prennent davantage de place et les Violators glissent progressivement vers des territoires plus Ă©lectriques, parfois teintĂ©s de classic rock. Ces longues Ă©chappĂ©es instrumentales, loin de casser le rythme, nous captivent complĂštement. Girl Called Alex, Chance to Bleed et Pretty Pimpin font particuliĂšrement mouche, chaque changement de guitare semblant ouvrir une nouvelle dimension au set. Toujours aussi dĂ©tendu, Kurt Vile semble presque jouer sans effort. Pourtant, cette apparente dĂ©sinvolture laisse rapidement place Ă  une vĂ©ritable gĂ©nĂ©rositĂ© scĂ©nique et Ă  une belle alchimie avec ses musiciens. Lorsque Walkin on a Pretty Day retentit, le moment est pleinement savourĂ©. Nous Ă©tions venus avec de grandes attentes, elles auront Ă©tĂ© largement comblĂ©es. Une prestation Ă  la fois chaleureuse, maĂźtrisĂ©e et gĂ©nĂ©reuse, parfaite pour prolonger cette belle soirĂ©e.

AprĂšs Kurt Vile, les americains de Friko investissent la scĂšne des Remparts tandis qu’une foule de plus en plus compacte se rassemble devant la grande scĂšne, impatiente de retrouver Fontaines D.C. Les conditions ne sont donc pas idĂ©ales, mais notre curiositĂ© pour le groupe et son second album, Something Worth Waiting, reste intacte.DĂšs les premiers morceaux, Friko nous convainc par un set Ă©nergique et parfaitement maĂźtrisĂ©. MalgrĂ© une audience plus clairsemĂ©e, le duo et ses musiciens imposent rapidement leur prĂ©sence. Niko Kapetan se distingue par sa voix singuliĂšre et une vraie personnalitĂ© scĂ©nique, tandis que le groupe affiche une belle complicitĂ©. Tout paraĂźt fluide, instinctif, portĂ© par une Ă©nergie communicative qui finit par nous happer complĂštement. Une prestation convaincante qui confirme les promesses entrevues sur disque. Pour terminer cette Ă©dition, place Ă  Fontaines D.C., avec sans doute l’une des meilleures façons de refermer ces quelques jours de festival. Les Irlandais livrent un concert d’une impressionnante maĂźtrise, portĂ© par une mise en scĂšne soignĂ©e et une intensitĂ© qui gagne rapidement l’ensemble du Fort Saint-PĂšre. Chaque dĂ©tail semble pensĂ©, sans jamais sacrifier l’urgence et la tension qui font leur identitĂ©. Dix ans aprĂšs leurs dĂ©buts, le groupe a changĂ© d’échelle sans perdre son caractĂšre. Plus ample, plus assurĂ©, Fontaines D.C. dĂ©montre tout le chemin parcouru.

Une conclusion magistrale et, à nos yeux, l’un des grands moments de cette Route du Rock 2026.

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