Je commence ma journĂ©e sur le site de Beauregard, une deuxième journĂ©e qui s’annonce dense et Ă©clectique. Au programme : la dĂ©couverte de deux artistes Ă©mergents, Milhan et le rappeur Houdi, avant de retrouver deux valeurs sĂ»res du line-up, Kevin Morby et les Pixies sans oublier un rendez-vous très attendu avec une figure incontournable de la chanson française, Vanessa Paradis.
Et pour clore cette dernière journĂ©e en beautĂ©, place Ă un moment que nous attendions avec une impatience non dissimulĂ©e : les Pixies ! Quarante ans après leurs dĂ©buts, le groupe culte de Boston retrouve le public de Beauregard, et l’Ă©motion est immĂ©diatement palpable. Le set est gĂ©nĂ©reux, presque un festin pour les fans : Gouge Away, Debaser, Here Comes Your Man, Bone Machine, Monkey Gone to Heaven… les classiques dĂ©filent, chacun accueilli par une vague de reconnaissance dans le public.
Difficile de ne pas ĂŞtre happĂ© par la simple idĂ©e d’entendre en live des titres aussi fondateurs, qui ont façonnĂ© tout un pan du rock alternatif ! Fidèle Ă sa lĂ©gende, Black Francis reste Ă©conome en mots, laissant la musique parler Ă sa place une discrĂ©tion presque mythique chez lui, qui fait aussi partie du charme de l’expĂ©rience Pixies. EnchaĂ®nant les morceaux sans transition superflue, le groupe livre une mĂ©canique redoutablement efficace.
Une prestation qui, malgrĂ© une intensitĂ© parfois en retrait, restera comme un souvenir marquant : voir les Pixies en 2026, quatre dĂ©cennies après leurs dĂ©buts, avait quelque chose d’un privilège. De quoi refermer cette deuxième journĂ©e de Beauregard sur une note rĂ©solument mĂ©morable















Une grande curiositĂ© nous habitait avant ce concert, tant nous avons l’impression de connaĂ®tre Vanessa Paradis depuis toujours une familiaritĂ© forgĂ©e par des dĂ©cennies de chansons devenues, sans qu’on s’en rende vraiment compte, une part du patrimoine populaire français. C’est donc avec un plaisir non dissimulĂ© que nous nous sommes installĂ©s devant la Grande Scène, curieux de voir ce que le temps a fait de ces titres qui ont bercĂ© plusieurs gĂ©nĂ©rations.
Les classiques Joe le taxi, Marilyn & John, Tandem, Be My Baby, Divine Idylle… prennent aujourd’hui une dimension rĂ©solument plus adulte. Loin de la fraĂ®cheur juvĂ©nile des dĂ©buts, sa voix a gagnĂ© en grain et en profondeur, offrant une relecture plus mature de morceaux qu’on croyait pourtant connaĂ®tre par cĹ“ur. Cette Ă©volution vocale ne trahit jamais l’essence des chansons ; elle les enrichit, leur donne une Ă©paisseur nouvelle.
Sur scène, Vanessa Paradis dĂ©gage une prĂ©sence douce mais rĂ©solument magnĂ©tique. Peu de gestes superflus, aucune dĂ©monstration inutile : tout passe par le regard, par une sincĂ©ritĂ© presque dĂ©sarmante dans son rapport au public. Cette sobriĂ©tĂ© scĂ©nique, loin d’ĂŞtre un manque d’Ă©nergie, s’impose au contraire comme une Ă©vidence celle d’une artiste qui n’a plus rien Ă prouver et qui prĂ©fère la justesse Ă l’esbroufe.







Après l’Ă©nergie brute de Houdi, changement de tempo avec Kevin Morby, qui offre un moment de douceur et d’Ă©lĂ©gance rare. L’AmĂ©ricain dĂ©ploie un folk rock teintĂ© d’influences seventies, Ă mille lieues de l’urgence des sets prĂ©cĂ©dents une parenthèse contemplative bienvenue dans le rythme de la journĂ©e. Sa voix, qui rappelle par instants celle de Bob Dylan, se pose avec assurance sur des arrangements soignĂ©s : guitare usĂ©e aux sonoritĂ©s chaudes, violon et saxophone qui viennent enrichir les morceaux sans jamais les alourdir. Chaque titre semble pensĂ© comme une petite pièce d’orfèvrerie, oĂą la simplicitĂ© apparente cache un vrai travail de composition.
La scĂ©nographie, rĂ©solument fleurie et inspirĂ©e de l’esthĂ©tique « flower power », accompagne parfaitement cette proposition artistique tout en douceur. Kevin Morby confirme, sur la Grande Scène de Beauregard, son statut d’artiste capable de faire dialoguer hĂ©ritage folk et sensibilitĂ© contemporaine, dans une prestation tout en subtilitĂ©.













Le rappeur Houdi enchaîne avec une forte présence scénique et peu de temps morts. Son interprétation live se révèle plus agressive et puissante que sur les versions studio, portée par une énergie brute qui embrase rapidement le public. La mise en scène, volontairement sobre, mise davantage sur des jeux de lumières, de fumée et des visuels que sur des décors imposants, laissant toute la place à la performance. Le public, très impliqué, reprend les refrains en chœur et multiplie les pogos sur les morceaux les plus énergiques.
L’alternance entre titres nerveux et morceaux plus mĂ©lancoliques crĂ©e une vraie dynamique au fil du concert, Ă©vitant l’Ă©cueil de la monotonie et confirmant le potentiel scĂ©nique de l’artiste.





Milhan
C’est Milhan, gagnant du Tremplin Rose Festival, qui ouvrait le bal sur la Grande Scène pour lancer cette deuxième journĂ©e. L’artiste franco-colombien, originaire de Toulouse, propose une musique chaleureuse Ă la croisĂ©e du rap, de la pop et de la bossa nova un mĂ©lange de sonoritĂ©s qui tranche agrĂ©ablement avec la programmation plus rock du reste du festival.
Dès les premiers titres, Milhan installe une atmosphère solaire et généreuse, portée par des rythmiques dansantes et une aisance scénique surprenante pour un artiste encore émergent. Le public, venu curieux de découvrir ce nom encore peu connu, se laisse rapidement séduire par cette proposition métissée, entre douceur des mélodies et énergie communicative.
Un concert qui aura idéalement lancé la journée, confirmant que le Tremplin Rose Festival a, cette année encore, su repérer un talent prometteur.


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