A l’approche de la sortie de son ep La Tangente, DuR ChaToN à eu la gentillesse de répondre a nos questions.
1. DuR ChaToN repose sur une alchimie très particulière entre les textes et la musique. Quand vous commencez un nouveau morceau, qu’est-ce qui arrive en premier ?
Sophie : Nous n’avons pas vraiment de règles dans notre processus créatif, mais c’est souvent le texte qui arrive en premier, Le propos du texte guide l’instru, Nico illustre les mots avec des sons.
Nico : En effet la plupart des morceaux naissent du texte et aussi de propositions mélodiques de Sophie. Toutefois nous n’avons pas un « workflow » défini , c’est plutôt instinctif et organique.
2. Vos chansons donnent l’impression d’un dialogue permanent entre tension et lâcher-prise. Comment se répartissent les rôles dans la création : y a-t-il des territoires réservés à chacun ou tout est-il remis en question collectivement ?
Sophie : Nico compose, j’écris, il y a des territoires mais pas de frontières. Le dialogue est continu entre le texte et la musique.
Faisant mes débuts sur live, j’en ai profité pour proposer à Nico quelques idées d’intrus pour cet EP. Il s’est fait un plaisir de se les approprier et de les tordre à la sauce Moldav, pour en faire du Dur Chaton.
Nous évoluons ensemble dans la création des morceaux, et sur « La Tangente », pour la première fois, je me suis mêlée de la composition et lui s’est mis au chant.
Nico : Nous sommes en permanence en mutation et en recherche. Les territoires sont de moins en moins définis et ça fait du bien, je trouve qu’on est en train de trouver un nouveau relief à nos propositions, qu’un autre équilibre est en train de se mettre en place . En ce qui concerne le dialogue tension / lâcher-prise, je dirais qu’il découle assez naturellement des thématiques et de l’écriture de Sophie , et moi j’illustre son propos en forgeant des instrus dans un état d’esprit assez théâtral et forcément ça souligne encore plus ces dialogues.
3. Créer à deux implique forcément des désaccords. Pouvez-vous raconter une chanson de La Tangente qui n’aurait jamais vu le jour sans une divergence créative entre vous ?
Sophie : En fait on est là pour se faire plaisir, pour s’écouter et se comprendre, on connaît nos goûts respectifs, on les mélange sans trop se poser de question, mais plutôt selon nos envies.
Quand un morceau ne voit pas le jour, il n’y a pas de divergence, c’est qu’il n’est pas bon, et on est d’accord.
Nico : On s’est jamais trouvé dans cette situation, on se connait très bien et on a bossé sur beaucoup de projets ensemble, justement parce que c’est fluide, j’irais même jusqu’à dire efficace . Au contraire pour cet EP je dirais qu’il y a un morceau sur lequel on a très vite était d’accord sur le fait qu’il n’avait pas sa place , et qu’on le sortira peut être même jamais alors qu’on l’a joué sur scène pendant presque un an.
4. Vos morceaux semblent très spontanés, presque instinctifs. Pourtant, derrière cette énergie brute, on imagine un vrai travail de construction. À quel moment savez-vous qu’une chanson est terminée ?
Sophie : C’est comme un dessin…si on arrête pas c’est jamais fini, on peut toujours gommer et recommencer. Alors je sais quand une chanson est terminée au moment où je le décide .
Et je le décide quand j’éprouve en l’écoutant, l’émotion que j’ai ressenti en l’écrivant.
Nico : Oui les morceaux sont plutôt spontanés. Les bases des instrus naissent assez vite, deux trois jours max , ensuite on éprouve les morceaux sur scène, puis on les affine au fur et à mesure . À un moment on trouve qu’on a le bon arrangement , les bonnes sensations, les bonnes émotions, alors on fige et on sort le morceau, souvent je fais des versions « radio » et des versions plus longues et modulables pour les concerts.
5. À force de créer ensemble, avez-vous l’impression d’écrire la musique que vous aviez en tête dès le début du projet, ou est-ce que DuR ChaToN est devenu quelque chose que ni l’un ni l’autre n’auriez pu imaginer seul ?
Sophie : Nous savions ce que nous voulions faire dès le début oui, mais sans précision. Le genre de musique, l’écriture, tout s’affine avec l’expérience et prend de plus en plus de sens. Si j’avais été seule, Dur Chaton n’existerait pas, il est imaginé à deux.
Nico : DuR ChaToN ne peut être que notre duo, c’est la fusion de nos identités artistiques et de nos caractères qui donne son identité au projet. . Ce sont les mots et l’univers de Sophie et la patte « Moldav » aux instrus. Le cadre d’origine est simple : nous voulions faire ensemble de la musique électronique avec des textes en français, une recette limpide avec d’énormes marges de manœuvre. Après de là à dire qu’on avait une idée très précise de ce qu’on voulait faire, je dirais personnellement que c’est impossible, nous sommes trop éclectiques dans nos goûts musicaux et nos inspirations.
6. Y a-t-il une idée, un texte ou un morceau que l’un de vous adorait et que l’autre a catégoriquement refusé ? Avec le recul, qui avait raison ?
Sophie : Non, il n’y en a pas…au risque d’être chiant…nous avons souvent les mêmes avis et surtout les mêmes goûts, que ce soit immédiatement ou après une brève argumentation, on tombe d’accord . Nous nous sommes rencontrés via nos pratiques artistiques, il y a bien 10 ans maintenant, et nos goûts ont évolué ensemble.
Nico : On se connaît trop bien pour que ça arrive. Il y a plein de choses sur lesquelles nous ne sommes pas d’accord mais dans la création, on n’a jamais eu à négocier entre nous.





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