Il y a des concerts qui ressemblent à des parenthèses. D’autres à des secousses. Et puis il y a ces soirées rares qui donnent l’impression d’avoir glissé quelques heures dans une réalité parallèle. Ce lundi 11 mai, au Pop-Up du Label, tout semblait flotter dans cette étrange zone entre rêve éveillé et performance totale.
Difficile de ne pas ressortir profondément marqué par le passage d’Elizabete Balčus. Dès les premières minutes, la musicienne impose un univers qui ne ressemble à rien d’autre. Une voix lyrique presque irréelle, des nappes électroniques mouvantes, une flûte traversière qui traverse les morceaux comme un courant d’air mystérieux… et puis ces fruits et légumes transformés en instruments électroniques, comme si Björk rencontrait un laboratoire dadaïste. Sur scène, tout participe au vertige : les costumes, les gestes, les textures sonores, cette manière de rendre l’absurde profondément poétique. Le public oscillait entre fascination et incrédulité, avant de finalement céder complètement à l’expérience.
Puis Sean Nicholas Savage est arrivé comme une décharge émotionnelle. Impossible de prévoir ce qu’il allait faire de ses chansons et c’est précisément ce qui rend chacun de ses concerts si précieux. Entre son falsetto fragile, ses mouvements imprévisibles et cette façon unique d’interagir avec la salle, l’artiste transforme la moindre chanson en moment vivant, mouvant, presque improvisé. Dans l’écrin du Pop-Up, tout prenait une intensité particulière. On avait parfois l’impression qu’il chantait directement pour chaque personne présente dans la pièce.
Il y avait quelque chose de profondément libre dans cette soirée. Deux artistes habités, singuliers, incapables de faire les choses à moitié. Des performances qui refusaient les cadres, les automatismes, les concerts “comme les autres”. Ce genre de moment qui rappelle pourquoi on continue à chercher la musique live avec autant d’obsession : pour être surpris, bouleversé, déplacé.
Une soirée comme on en vit peu. Et un immense plaisir de retrouver ces deux électrons libres sur scène.



















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