Dans L’Agent secret, Kleber Mendonça Filho compose sa bande sonore comme on assemble un dossier confidentiel. Chaque chanson est une pièce à conviction, un indice, une trace culturelle. Rien n’est décoratif : tout raconte une époque, un climat, une tension souterraine. À travers ces morceaux, le film dessine une cartographie sensible de la culture brésilienne, entre élégance de façade, ferveur populaire et mémoire enfouie.
Waldir Calmon – Samba no Arpège
Pianiste et chef d’orchestre emblématique, Waldir Calmon incarne une musique raffinée, feutrée, associée aux salons et à une certaine idée de la respectabilité brésilienne. Son samba élégant installe un décor sonore policé, derrière lequel affleure un malaise latent : celui d’un ordre social apparemment harmonieux, mais profondément fragile.
Barrét – Retiro (Tema de Amor nº 3)
(Conjunto Concerto Viola)**
Figure centrale du Conjunto Concerto Viola, Barrét s’inscrit dans une tradition instrumentale à la croisée du savant et du populaire. Sa musique privilégie la retenue, l’écoute et l’émotion discrète. Dans L’Agent secret, ce thème agit comme une parenthèse intime, un refuge précaire au cœur d’un monde sous surveillance.
Zé Ramalho & Lula Cortes – Harpa dos Ares – Ar
Figures majeures du psychédélisme nordestin, Zé Ramalho et Lula Cortes mêlent rock, folklore et mysticisme. Leur musique convoque l’air, l’invisible, le sacré. Elle inscrit le film dans une mémoire culturelle profonde, reliant l’intrigue politique à des forces symboliques plus anciennes, presque cosmiques.
Maestro Nunes – Cabelo de Fogo
Compositeur et arrangeur issu de la tradition instrumentale brésilienne, Maestro Nunes développe une écriture directe, expressive, sans emphase. Ce morceau participe pleinement à la dramaturgie : il rappelle combien la musique populaire peut devenir un langage narratif à part entière, capable de suggérer tension et mouvement sans jamais les souligner
Waldick Soriano – Eu Não Sou Cachorro Não
Chanteur populaire et figure de la douleur amoureuse, Waldick Soriano incarne la voix des humiliés. Devenue un hymne de dignité blessée, cette chanson résonne ici comme un cri politique brut : un refus frontal de la soumission, du mépris social et de l’effacement.
Zé Ramalho & Lula Cortes – Trilha de Sumé / Culto à Terra / Bailado das Muscarias (Terra)
Suite emblématique du psychédélisme brésilien, cette œuvre relie musique, rituel et mythologie. Ramalho et Cortes y invoquent la terre, les racines et la transe. Une musique tellurique, impossible à réduire au silence, qui agit comme une mémoire ancestrale au cœur même du film.






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