Direction le Parc Expo, changement d’échelle, changement d’énergie. Ici, on ne consomme pas des concerts, on les traverse.

Ssadecharlie débarque de Bristol avec une énergie brute et salutaire. Petit gars discret en apparence, mais rap surpuissant, frontal, qui claque comme une libération. Les mots frappent juste, les basses serrent le ventre, et quelque chose se relâche dans la foule. Ça fait du bien, vraiment. Un rap sans posture inutile, habité, nécessaire, qui rappelle pourquoi cette musique peut encore être un exutoire collectif.

Karma Sheen arrive de Londres avec un héritage aux consonances pakistanaises qu’il transforme en une proposition surpuissante. Les influences se croisent sans jamais s’annuler, portées par une énergie collective impressionnante. Ça joue fort, ça joue juste, et surtout ça affirme une identité claire, ouverte sur le monde. On sent un groupe prêt, à sa place ici, et qui mérite largement de s’installer durablement sur la scène internationale. Un concert qui ne demande pas l’attention : il la prend.

Marta Da’Ro, actrice belge d’origine angolaise, impose une présence rare. Sa prestation hip-hop est puissante, habitée, portée par une voix qui capte immédiatement l’attention. Chaque morceau semble chargé d’une intensité personnelle, presque cinématographique. Sur scène, elle ne joue pas un rôle : elle incarne. Un concert dense, sincère, qui mérite largement le détour et confirme une artiste capable de faire dialoguer émotion brute et maîtrise totale.

Puis Descartes A Kant, groupe de rock mexicain originaire de Guadalajara (Jalisco), débarque comme une déflagration. Formé en 2001, le collectif mêle les rythmes, brouille les repères et transforme le concert en performance totale. Tout est mouvement, tension, débordement. On ne sait plus très bien où regarder ni à quoi se raccrocher, et c’est précisément là que réside la force du moment. Une expérience rare, déroutante, absolument incontournable, qui rappelle que le rock peut encore être un terrain de jeu radical.

Avec Antilogic, retour à une énergie plus cérébrale, plus mécanique. Les corps bougent à nouveau, mais autrement, guidés par une pulsation presque industrielle.

Dominique Dumont arrive comme une respiration. Élégance, finesse, une pop électronique qui glisse doucement sur la peau. On sourit, on danse sans s’en rendre compte. Le genre de set qui réconcilie.

My First Time, c’est un concert troublant de fraîcheur, ce genre de moment où l’on a la sensation rare d’assister au commencement d’une histoire. Quatre étudiant·es deux filles, deux garçons qui se rencontrent à l’université de Bristol, deviennent ami·es et montent un groupe presque naturellement. Leur rock, nourri par le regard urbain de The Streets et Blur, va droit au but : une efficacité pop immédiate, des mélodies qui accrochent, et des textes malins mêlant commentaires sociaux et satire moderne. Rien n’est figé, tout est vivant. Et c’est précisément pour ça que ça marque.

Maquina arrive du Portugal comme un bloc en fusion. Originaire de Lisbonne, le groupe est taillé pour faire vibrer les dancefloors avec une musique sale, brute, sans compromis. Portés par des grooves hypnotiques, leurs morceaux explosent d’énergie, défient les genres et happent le public dans une transe collective. Impossible de rester à distance : ça cogne, ça répète, ça libère. Un groupe qui mérite clairement le détour, surtout quand on aime les concerts où le corps prend le pouvoir sur la tête.

Et puis La Niña, (pour conclure notre parcours) qui est une artiste bouillonnante, et sa première en France restera comme l’un des grands moments de la journée. Projet solo de la chanteuse et autrice-compositrice napolitaine Carola Moccia, La Niña fait dialoguer les traditions de Naples avec la production musicale contemporaine. Entre dialecte napolitain, arabe et français, sa musique tisse un langage multiple, profondément incarné. Sur scène, son album choral Furèsta déploie une vision de la nature sauvage et indomptable, à la fois refuge et déferlement. Un concert inoubliable, traversé par une force presque tellurique, qui submerge autant qu’elle soigne.En quittant les Trans, on a cette sensation familière et pourtant toujours neuve : celle d’avoir traversé bien plus qu’une suite de concerts. Une journée de déambulation, faite d’accidents heureux, de découvertes frontales et de moments suspendus. Des artistes au tout début de leur histoire côtoient des propositions déjà affirmées, des traditions anciennes dialoguent avec des formes radicalement contemporaines. C’est là, sans doute, que réside la force intacte des Trans Musicales : offrir un espace où la musique se vit avant de se comprendre. On rentre fatigué, les oreilles pleines, le cœur un peu plus ouvert avec la certitude d’avoir assisté à quelque chose d’essentiel.

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