Dans Scratch It, son album le plus direct à ce jour, Meg Remy, alias U.S. Girls, opère un virage aussi inattendu que réussi : exit les nappes d’électro-funk héritées des années 1980 de Bless This Mess, place à une country rétro-futuriste, tirant autant du Nashville des sixties que des paillettes de Las Vegas. Un écrin lumineux pour une introspection douce-amère.
Avec son regard acéré, l’artiste américaine continue d’explorer ce qu’elle fait de mieux depuis In a Poem Unlimited : détourner les codes de la pop pour mieux les retourner contre eux-mêmes. Ici, chaque chanson est un miroir déformant, empruntant les couleurs chaleureuses de la country pour mieux disséquer les rôles assignés aux femmes, entre glamour surjoué, maternité et désir d’émancipation.
Remy chante l’amour, la perte, la maternité (la sienne, récente, avec la naissance de ses jumeaux), et même le deuil – celui du chanteur Riley Gale, évoqué dans l’émouvant Bookends. Le tout avec une écriture fine, ambiguë, et une voix qui vacille entre tendresse et mordant.
Musicalement, elle est bien entourée : le légendaire Charlie McCoy apporte une touche authentique à une production foisonnante, à la fois soyeuse et fiévreuse. On pense à Dolly Parton, bien sûr, mais aussi à Cat Power ou à l’univers spectral de Cindy Lee.
Un album qui gratte là où ça fait mal, mais avec élégance et panache. U.S. Girls signe une fois de plus un disque qui ne ressemble à aucun autre – et surtout, qui ne ressemble qu’à elle.






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