Il y a dix ans, on découvrait Greta Kline, alias Frankie Cosmos, avec ses chansons miniatures enregistrées dans sa chambre, balancées sur Bandcamp comme des petits poèmes en lo-fi. Une voix fragile, une guitare timide, et déjà cette manière bien à elle de saisir le réel, entre naïveté désarmante et lucidité précoce. Dix ans plus tard, Greta a grandi. Et ça s’entend.

Avec « Different Talking », son sixième album, la musicienne new-yorkaise franchit un cap. C’est un disque qu’elle signe avec son groupe, en totale autonomie, loin des studios, enregistré dans une maison du nord de l’État de New York. Un cocon pour expérimenter, chercher, affiner – loin du tumulte, près d’elle-même.

Musicalement, on retrouve la grammaire cosmosienne : des morceaux courts, épurés, parfois presque murmurés, mais toujours pleins de grâce. Sauf qu’ici, les textures s’étoffent : un clavier psyché, une basse qui serpente, quelques effets discrets, presque cinématographiques. On est toujours dans la pop minimaliste, mais elle s’ouvre à l’inattendu. Un peu comme si Stereolab faisait une sieste avec les Moldy Peaches, quelque part entre rêve et réalité.

Mais ce qui bouleverse surtout, c’est ce que Greta raconte. Le vieillissement, la perte, la mémoire, la ville qui change et qu’on ne reconnaît plus – autant de thèmes qui tracent une ligne mélancolique à travers l’album. Pourtant, rien de pesant : il y a dans chaque chanson une lumière, une forme de douceur désarmante. Un regard adulte, mais encore capable d’émerveillement.

« I am not who I thought I’d be / But I like who I am becoming » murmure-t-elle sur l’un des titres. Tout est là : une acceptation apaisée de soi, loin des angoisses adolescentes, mais encore vibrante d’émotion.

« Different Talking » n’est pas un album bruyant. C’est un disque qu’on écoute dans le creux d’un après-midi, entre deux respirations. Une sorte de journal intime en fragments sonores, où chaque chanson est une petite page tournée avec tendresse.

Et si Frankie Cosmos parle différemment aujourd’hui, on l’écoute plus que jamais.

Note : 5 sur 5.

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